Un jour quelqu’un qui m’est très cher, un être d’une immense sagesse, m’a dit ces mots qui m’ont beaucoup marqué : «le problème de notre temps, c’est que nous prenons pour de l’or ce qui est du toc, et traitons comme du toc ce qui est de l’or.»
C’est tout le problème du pouvoir de l’arrogance et du charisme. Ces deux caractéristiques, parfois combinées chez une même personne, sont dans ces cas-là presque toujours des laissez-passer pour les plus hauts sommets du pouvoir. D’autre part une chose est sûre : la présence minimale de l’un ou l’autre de ces attributs est à l’origine de bien des suprématies.
Je suis à travailler un billet approfondi sur le sujet, pour très bientôt. Mais en attendant, l’élection partielle dans Vachon me fournit l’occasion d’en parler un peu.
On répète à qui veut l’entendre que Pauline Marois ne suscite aucun enthousiasme dans la population. Mais qu’entendons-nous par «enthousiasme»?
À cette question, on nous répond souvent par un nom, celui d’Obama. «Le Québec a besoin de son Obama !», répète-t-on à qui mieux-mieux. Mais encore une fois, cette réponse est incomplète. Quand on fait référence au président américain, à quoi fait-on réellement référence? À ses idées révolutionnaires et transcendantes, ou à son sourire colgate et à sa prestance de félin ? Du côté des idées, indéniablement Obama a incarné un espoir de changement aux États-Unis. Mais son charisme n’est-il pas essentiellement ce qui lui a permis de susciter cet espoir? Notre admiration pour Obama n’a donc pas tant à voir avec ses idées. On veut un leader charismatique, ou arrogant, ou encore mieux quelqu’un qui combine les deux. Car ces leaders, toujours si sûrs d’eux, nous font rêver. À ce titre, nul doute que Jean Charest est un bien meilleur candidat que Pauline Marois. Chez-lui, le mariage «charisme-arrogance» s’avère presque parfait. Évidemment, il a fait son temps, et ce qu’on voyait chez-lui comme de la force apparaît maintenant comme sa faiblesse. Mais n’en est-il pas toujours ainsi des leaders qui suscitent l’enthousiasme? La mascarade ne finit-elle pas toujours par faillir, et le maquillage par couler en larges coulisses dégoulinantes?
Alors on cherche un nouveau leader, une nouvelle illusion, un nouveau politicien que l’on prendra pour un battant, et qui se révèlera une autre fois être une belle image tronquée, un personnage fourbe en perpétuelle représentation.
C’est pourquoi je dis bravo. Bravo que Pauline Marois ne suscite aucun enthousiasme. Je préfère cela, et de loin. Ce que le Québec et le monde a besoin, ce ne sont certainement pas d’autres vendeurs de chars.
Comme Simon-Pierre Diamond par exemple, le candidat libéral défait dans Vachon. Serais-ce notre futur «Obama» ? Dieu nous en préserve. (Sans oublier non plus Justin Trudeau qui surgira bientôt et nous tombera dessus comme la misère sur le pauvre monde).
Pour revenir à l’élection dans Vachon, le transfuge adéquiste Diamond a perdu lamentablement aux mains de la très posée et discrète Martine Ouellet du parti québécois. Quant à moi, voilà le genre de politicienne dont on a besoin. Des politiciens moins flamboyants, qui ont plus à faire qu’à enjôler les masses pour mieux les fourvoyer.
Plus qu’assez des Majestées Harper et Charest. Je préfère 100 fois une première ministre ou un chef qui laisse de la glace à son équipe, plutôt qu’un pseudo-monarque omnipotent. C’est d’ailleurs ce qu’a répondu Pauline Marois en entrevue à 24 heures en 60 minutes sur RDI au lendemain de la victoire dans Vachon (l’entrevue est en début du segment 2).
Pauline dit préférer jouer sur sa force, qui est de faire briller son équipe de députés, plutôt que de se préoccuper d’être plus populaire que son parti. Il n’y avait aucune arrogance dans cette entrevue, et quant à moi ça fait le plus grand bien.
Pas une once non plus de triomphalisme. En effet, Pauline a-t-elle affirmé que la victoire dans Vachon signifiait une consécration pour son parti? Absolument pas. Elle a partout dit ce que tout le monde sait; que cette élection est un désaveu du parti libéral du Québec et de Jean Charest. À sa place, un Jean Charest ne se serait certes pas privé, lui, de clamer l’hégémonie de son parti. Surtout avec un tel score de 59% des voix, fut-ce dans un comté château-fort !
C’est une erreur souvent commise. On dit de madame Marois qu’elle est hautaine, et donc arrogante. Mais on confond encore la forme avec le fond, comme on le faisait avec Parizeau. Jean Charest, lui, semble pourtant bien plus accessible, un vrai homme du peuple ! Et pourtant n’est-il pas le plus arrogant de nos politiciens ? Ce n’est pas dans les intonations de la voix, dans la posture ou les expressions que vous découvrirez l’arrogance. L’arrogance se cache souvent derrière une présentation impeccable et des airs composés. Il faudra bien que l’on s’en souvienne un jour ou l’autre, avant de couronner le prochain beau parleur…
À lire aussi sans faute, cet excellent billet.
















Merci pour la plogue!
Ah… ce sacro-saint culte du chef! Je rêve du jour où les québécois réaliseront que le bon focntionnement de la démocratie est directement lié à leur implication…
C’est beaucoup pour ça que j’apprécie le modèle de leadership de Québec solidaire. Pas de chef, deux porte-paroles. Un parti avec de fortes bases de démocratie participative. Pas de veto pur un chef. Ce sont les membres qui décident et les porte-paroles qui défendent les idées sur la place publique.
J’ai rencontré un citoyen de Lévis lors de mes vacances en Gaspésie et m’a confié qu’il s’ennuyait du leadership de René Lévesque… Qu’il endosserait un chef de parti autoritaire n’importe quand, peu importe les idées…
Traditions patriarcales?
Merci de ton commentaire lutopium. Désolé du délai, vacances obligent…Concernant ton point sur les chefs-messie, j’abonde entièrement dans ton sens. Le besoin d’autorité et je dirais d’avoir un «leader dominateur» ou de «chef de meute» est un reliquat non seulement de notre histoire politique, mais carrément un héritage de nos racines animales.
Le modèle de leadership de Québec Solidaire comporte cependant aussi ses travers. D’abord, l’idée de leadership à deux têtes dénote une négation d’un principe Universel, qui dépasse les traditions et la culture : je dirais tout simplement que toute entité, vivante ou organisationnelle, a besoin d’une seule tête pour être viable. Qu’on le veuille ou non, une deuxième tête ne peut qu’aboutir à une subordination de l’une par rapport à l’autre, ou bien à des incohérences entre les deux. Dans le cas de Québec Solidaire, je ne vois pas en quoi le rôle de Françoise David est différent de celui de vice-président dans un autre parti. Il est désormais clair pour tout le monde qu’Amir est le véritable chef. Il y a dans cette culture politique, chez les solidaires, une idée de démocratie absolue, qui est de la pensée magique. Au bout du compte, ce parti ne peut pas éliminer la vraie nature de la politique simplement en appelant son chef un «porte-parole» ou en mettant artificiellement sur le même pied son «vice-président». Chasser le naturel et il revient au galop : il y aura toujours un seul capitaine sur un bateau, c’est comme une loi de la physique !
L’autre «travers» des solidaires, c’est leur subordination aux «idées». Bien sûr, ce culte de «l’idée» chez les solidaires est merveilleusement rafraichissant en ce début de XXI ème siècle. Ça nous change tellement de ce «pragmatisme politique» pitoyable, aboutissant invariablement à cette «manipulation de masse touts azimuts», à cet «obscurantisme planifié», à ces «détournements perpétuels de la démocratie» et à cette immoralité sans fond qui nous étouffe de partout ! Sauf que… Ce ne sont pas les idées qui gouvernent les hommes, mais les intentions cachées derrière leurs idées. Ainsi, le profond anti-élitisme de Québec Solidaire est un danger public. De même que leur anti-capitalisme absolu. Sans compter cette incapacité au compromis et à la modération, qui caractérise les idéologues. En ce qui me concerne, l’abus de pragmatisme et l’abus d’idéologie sont deux opposés qui en fait se rejoignent tous deux dans leur autoritarisme. Simplement, celui des solidaires se camoufle derrière une fallacieuse illusion de «démocratie populaire». Ainsi, je ne suis pas plus excité de vivre dans une dictature qui s’enveloppe d’un manteau de vertu participative que dans une dictature de type monarchique. Dans les deux cas, le même poison est à l’oeuvre, car dans les deux cas, la fin justifie tous les moyens. Et c’est exactement ce qui pourrit ce monde…
[...] septembre 2010 par paysanurbain Dans mon dernier billet, je vous avais promis de revenir sur le pouvoir de l’arrogance. La comparution du premier [...]
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