Gazouillis, révolution, twittersnobs et autre placotage…

L’idée de ce billet est née spontanément. Je suis tombé sur 2 billets et 1 article des plus intéressants, dont le compte-rendu sur la fameuse conférence de Mme Lise Bissonnette, à l’origine de la chronique de cette chère Mme Petrowski, qui provoqua aussitôt la réplique de Michelle Blanc, déclenchant par le fait même une autre pseudo-polémique à la sauce crise des médias

Jusqu'où les réseaux sociaux vont-ils changer le monde ?

Ces 3 textes parlent de notre temps, de façon très différente les uns des autres. Car quand on a le nez collé sur son époque, on ne se rend pas toujours compte de ce qui se prépare. En France, avant les premières agitations de la révolution, qui croyait que la monarchie vivait ses dernières années?

En URSS, qui croyait que la venue de Gorbatchev allait tout changer ? Au Québec, avant la fin de la grande noirceur des années Duplessis, qui se doutait de l’ouragan politique et social qui s’apprêtait à déferler ? Au fond, ça semble être une loi naturelle : les choses établies n’ont jamais l’air plus inébranlables que dans les années précédant leur effondrement; Méfiez-vous de l’eau qui dort…

Obama, un vrai changement ? par printthetruth

Par contre, je ne crois pas que l’effondrement de notre way of life se produira demain matin. C’est probablement une question de décennies encore. Mais les craquements ont déjà commencé, et s’intensifieront avec le temps. De quoi parle-t-on au juste ? De l’effondrement du système économique et du capitalisme ? Hum…. Je crois que nous sommes bien au-delà de cela. Ce n’est pas tellement l’idéologie qui craque, c’est le rapport au pouvoir.

Les changements politiques n’ont jamais ébranlé le pouvoir des élites. Dans les révolutions du passé, l’humain a remplacé les pouvoirs par d’autres; la monarchie par la république, le capitalisme par le communisme, la religion par la consommation, le nationalisme par le multiculturalisme, le populisme par la rectitude politique, puis le retour du populisme !

Aucun de ces changements n’a ébranlé le rapport à l’élitisme lui-même. Les révolutions du passé n’empêchent pas que d’autres dirigeants ont pris un ascendant sur les masses. Ils sont aussi corrompus que dans le passé, et le déficit démocratique ne cesse d’augmenter. Seul véritable gain de l’histoire: de nos jours en occident, vous avez la liberté de vous opposer. Sauf que votre impact est pratiquement nul. Du moins jusqu’à ce que la révolution numérique surgisse !

Car les réseaux sociaux et le web commencent à ébranler les colonnes du temple. À travers ces niveaux de communication, le pouvoir et l’élite perdent le contrôle du message. Un chaos bénéfique commence à s’installer. Surtout, plus aucune élite n’est à l’abri de la critique. Même le pape et l’église catholique ne sont plus intouchables. Les héros deviennent très rapidement des zéro, l’admiration envers les vedettes et les politiciens s’évapore à la moindre controverse, le cynisme ne semble pas avoir de plafond. Quelque chose d’important est en train de se préparer. Ce n’est pas seulement un système qui vacille, ce sont les humains en position de pouvoir qui sont désacralisés, qui sont descendus un à un de leur piedestal. Tout est remis en question. À cet égard, avec toute mon énergie, je vous incite à lire l’article intitulé Réseaux sociaux: les outils suprêmes de la révolte générale, par Julien Kirch.

Je n’ai pas lu de texte aussi vrai et intelligent que celui-là sur les fissures de notre monde en ce début de XXIème siècle. Bien que peu adapté à notre pragmatisme nord-américain, (le vocabulaire utilisé par l’auteur abuse des notions de « systèmes » et manque d’exemples concrets pour illustrer son propos), cela demeure un billet à lire absolument.

D’autant plus intéressant qu’il est diffusé sur la plate-forme digital journalism de owni.fr, des défenseurs des libertés numériques en France, avec en référence le site indépendant Dedefensa.org

Je vous cite ici un passage:

la civilisation occidentale arrive en bout de course, signant l’échec d’un système basé sur le “technologisme” et la communication. La porte de sortie se trouve dans les réseaux alternatifs qui ont atteint une force et une maturité inédite grâce à Internet. Nicolas Sarkozy et Barack Obama ont tous deux été élus sur un fort espoir de changement auquel a succédé une déception et un essoufflement rapide. En quoi leurs parcours similaires sont-ils symptomatiques ?

twitter - par Matt Hamm

Parallèllement à cela, un blogueur montréalais, Thoma Daneau, a publié ce 8 avril un billet vraiment bien, intitulé  J’aimerais être un twitter snob. Les twittersnobs sont ceux qui ne suivent pas les autres en retour sur le réseau social Twitter. Souvent, ce sont des vedettes et des grosses têtes. En fait, j’ai moi-même une théorie : l’arrogance de l’utilisateur de twitter est proportionnelle à l’écart entre le nombre de suiveurs et le nombre de ceux qu’il suit. Plus l’écart est grand, plus l’égo est démesuré. Dans son billet, Thoma soumet qu’au fond être twittersnob n’est pas si indéfendable que ça. Ses arguments, nuancés, avancent que ce n’est pas nécessairement une bonne chose de suivre tout le monde en retour sur ce réseau.

Mais cette défense des twittersnobs met quand même en relief la perception négative qui existe et grandit bel et bien à leur endroit. Car la richesse véritable de twitter et des réseaux sociaux, c’est l‘accessibilité et la réciprocité. Donc, sur Twitter, si vous voulez vous sentir « big », vous devez être inclusifs et accueillants, sinon, vous passerez pour un arrogant. Fini le piedestal !

Voilà un changement qui va dans le sens de la révolution abordée dans le texte précédent.  Sur les réseaux sociaux, les marques et les identités numériques prennent une nouvelle dimension avec l’ouverture, l’écoute et le dialogue. Prétendre que les tweets d’une personne ne sont pas intéressants, c’est de la condescendance. Or, cette condescendance passe de moins en moins la rampe. En acceptant le principe de communauté ouverte, vous vous donnez le temps de découvrir ceux qui ont quelque chose à dire, et surtout vous ne basez pas votre adhésion sur un jugement rapide et superficiel.

Ne nous faisons pas d’illusions: ce n’est pas vrai quand les twittersnobs affirment qu’ils ne suivent que les gens qui ont quelque chose à dire. Dans son billet, Thoma Daneau cite Patrick Dion dans une réponse à un commentaire sur son blogue, suite à un billet sur le même sujet :

Je préfère 100 fois qqn qui suit 4 personnes mais les suit pour vrai que ceux qui ont autant de follow que de followers et que tu sais que c’est juste à des fins marketing. La réciprocité dans le following est un concept absurde.

Ce commentaire semble a priori sensé. Mais en réalité, telle n’est pas la motivation du twitter snob. Son véritable but est de reproduire sur le web l’ancien modèle de notoriété, un mode sourd et aveugle à tout ce qui ne vient pas du club sélect des gens dits importants ou supérieurs. Alors que si « les visées marketing » s’adaptent à la réciprocité, ça fait une énorme différence. Le changement ne fait que commencer; ce qu’il faut suivre, ce sont les résultats que donneront à plus long terme ce dialogue naissant entre les entreprises, les marques, les politiciens, les personnalités et les citoyens. L’essentiel, c’est que nous n’avalions plus n’importe quoi, que nous cessions d’aduler des marques et des personnes dont le comportement n’est pas réciproque. L’important c’est de ne plus suivre l’autorité et la notoriété aveuglément, sans demander un dialogue équitable. Voilà le geste politique : tu ne me suis pas, tu ne m’écoute pas, donc je ne te t’écouterai pas et ne te suivrai pas !

Sur les réseaux sociaux, le manque de sincérité ne pardonne pas. Mettre en doute la sincérité de ceux qui font l’effort d’être accessibles, sous prétexte que leurs propres objectifs marketing annulent le bien-fondé de leur action, c’est essayer de justifier l’arrogance et la condescendance par le biais de la mauvaise foi.

Le changement introduit par les réseaux sociaux est majeur, et y résister me semble inutile. J’y crois fermement : Vous faites plus de mal que de bien à votre image en twittant snob, alors que vous gagnez des points en twittant réciproquement. Et ça, c’est incontournable.

la nouvelle réalité du journalisme à l'ère des médias sociaux

Mon troisième texte sélectionné est un article paru ce 8 avril dans le journal Le Devoir, intitulé Lise Bissonnette pourfend gazouillis et placotages. Ça m’a fait bien rire, mais il y a vraiment quelque chose de symptomatique et de pathétique dans cette montée de lait de Mme Bissonnette contre la dispersion des journalistes politiques à travers les réseaux sociaux. En voici un petit extrait :

Lise Bissonnette doute que cette «frénésie d’hyperactivité Web» contribue à faire progresser le journalisme politique. Au contraire, les énergies des meilleurs journalistes sont alors «dispersées» et «la communauté de placoteux» qui commente au bas des textes et autres entrées forme un «public gazouillant» qu’on prend à tort pour l’expression de l’opinion publique.

En lisant cela, ça m’a fait vraiment pensé au désarroi du clergé quand les ouailles ont commencé à déserter les bancs des églises. La perte de contrôle engendre une certaine panique. Mais une crainte de quoi, au juste, sinon, que les brebis ne suivent plus docilement les bergers du journalisme traditionnel ? Quelle crainte, sinon que les opinions éclatent et que les influences se distribuent à travers la masse ? Bien sûr, Mme Bissonnette, comme beaucoup d’autres intellectuels, a peur que la profondeur se perde, que la rigueur s’évapore. C’est sans compter la richesse incroyable qu’on découvre quand on explore vraiment la blogosphère et la réseausphère. À travers une diversité incomparable, on y découvre le meilleur comme le pire, et parfois des bijoux de profondeur et de rigueur. Mme Bissonnette s’est-elle vraiment donné la peine d’explorer cet univers en profondeur ? J’en doute. Hors de l’église, point de salut !

Comme pour ceux qui déplorent le web 2.0 récupéré à des fins marketing, Mme Bissonnette juge trop vite. La révolution ne fait que commencer, donnons-nous le temps de raffiner les usages. Quoiqu’il en soit, l’institution journalistique classique a déjà vécu. Pour moi, sans l’ombre d’un doute, ce petit article du Devoir, jumelé aux deux autres billets discutés précédemment, démontre un lent début de décomposition des institutions et classes dominantes, telle qu’il se développe sous nous yeux en ce début des années 10.

MAJ  : Voir à ce sujet la chronique de Nathalie Petrowski sur cyberpresse, intitulée Gazouillis de placoteux. Sans partager totalement le point de vue de Lise Bissonnette, Petrowski dénonce elle aussi, un peu comme Patrick Dion, l’autoplogue sur les réseaux sociaux. Ce que j’en ai pensé ? Tout simplement qu’a partir du moment où tout le monde peut se faire son propre marketing sur les réseaux sociaux, ça met tout le monde égal, et ça libère de l’emprise des classes dominantes et de l’élite bien pensante. N’est-ce pas là une bonne nouvelle ? Toujours au sujet de cette chronique «Gazouillis de placoteux» de Mme Petrowski, et de cette pseudo-polémique, lire l’excellente réplique de Michelle Blanc sur son blogue, avec son billet intitulé Nathalie Petrowski, Nathalie Petrowski, Nathalie Petrowski.

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3 réflexions sur “Gazouillis, révolution, twittersnobs et autre placotage…

  1. J’aime bien ton article , même si je ne suis pas d’accord . Lorsque tu parles de l’ébranlement du pouvoir traditionnel grâce aux bonds fait par la communication et notamment les réseau sociaux , tu te trompes du tout au tout. Jamais le pouvoir des élites n’a été aussi fort . Ce qu’il faut intégrer c’est le fait que depuis ces cinquantes dernières années , il y a eu un déplacement du pouvoir ; Des états vers les institutions internationales et au cœur de tout cela les institution financières qui contrôle toutes les technologies qui sont sensé créer plus de démocratie.Le jour ou ils décideront que la récréation est terminé ils n’auront plus qu’a appuyer sur " off ". Il ne se passera rien puisque le délitement du lien social , le vrai , le physique celui de la vie de tous les jours s’accentue toujours plus au profit du lien numérique , virtuel, qui reste à la merci d’une simple panne de courant et donc de ceux qui détiennent les sociétés qui l’entretiennent.

    • Cher Boursibien, il y a beaucoup de vrai dans ce que tu dis, quand tu soulignes le transfert de pouvoir vers l’international et les institutions financières. Ceci dit ne serais-tu pas un peu fataliste ? Je n’irais de toute façon pas jusqu’à dire que le pouvoir financier ou politique est ébranlé. Il faudra plus que la révolution numérique. Il faudra que ce qui se crée virtuellement se traduise socialement. Cela demandera du temps. Mais ça arrivera, inévitablement. Sinon, rien ne changerait jamais. Or malgré les travers de notre temps, malgré un système reposant encore largement sur l’exploitation et la manipulation, il y a eu du progrès vers plus de liberté. Et il y en aura encore, ne crois-tu pas ?

  2. Pingback: Nathalie Petrowski et le syndrome de la matante | Renart Léveillé

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